Parutions des Auteurs UQAM

Comme une rivière en dérouine

Comme une rivière en dérouine

Auteur :
Collectif
Éditeur : La Traversée - Atelier de géopoétique
Collection : Carnet de navigation
Classée dans : 2019 | Arts | Oeuvre littéraire

comme une riviere en derouine PETITDu 23 au 25 mars 2018, nous sommes partis – à notre façon – en dérouine dans la Vallée du Bras-du-Nord à Saint-Raymond-de-Portneuf.

L’idée de la « dérouine » a plu aux géopoéticiens que nous sommes. Avide de partances et de mouvance, de rencontres et de territoires, le groupe de La Traversée, par le truchement de Xavier Martel, s’est tout naturellement intéressé au métissage. Nous avons monté un corpus de lectures préalables pour aiguiser notre réflexion. Nous souhaitions nous « américiser », comme en a fait l’appel l’historien George E. Sioui, explorer la « métisserie » , chère à l’écrivain Jean Désy, ou encore « l’altérité maganée », cette « marbrure étrange et indéfinie », selon les termes du géographe-poète Jean Morisset.

Nous avons invité Andrée Levesque-Sioui, Wendat de la communauté de Wendake près de Québec, à se joindre à nous. Auteure mélodiste interprète, amoureuse du rythme de l’oralité de sa tradition et de la joie de l’instantané, Andrée est engagée dans sa communauté et y enseigne la langue wendat depuis plusieurs années. Sa présence a été d’une prodigieuse générosité. Jean Désy et Andrée nous ont livré des extraits de leur spectacle WendaKébec et ont participé à une table-ronde avec Jean Morisset, et Denise Brassard, discussion à laquelle tous les géopoètes de l’atelier, bien évidemment, ont contribué.

Durant ces trois jours, nous avons marché, nous avons échangé nos vues et nos histoires. Nous nous sommes recueillis autour de la notion de métissage, parfois silencieusement, parfois dans l’écoute, à d’autres moments des échanges vifs, mais respectueux, ont eu lieu. Pendant trois jours, nous avons marché, nous avons échangé; au plaisir s’est jointe la difficulté. Sur le terrain enneigé, escarpé, parfois glissant, comme sur le terrain de la parole, notre progression a été par moments laborieuse, lente, comme tout ce qui demande à être tissé. Nos échanges nous ont conduit de l’introspection à l’ouverture, du dedans au dehors, puis à rebours.

Au final, sans avoir fini, nous avons reconnu tous ensemble que le métissage n’avait pas qu’une définition, qu’il ne se limitait pas aux croisements biologiques du dictionnaire, qu’il y avait également les ramifications du territoire, des langues, et des cultures, qu’une identité réclamée n’était pas nécessairement octroyée et que l’appropriation culturelle n’était jamais très loin. L’atelier fut lumineux et athlétique pour les cœurs, les esprits et les corps sur le Sentier de la Boucle de la Hauteur et au bord de la rivière du Bras-du-Nord.

Le croisement – la croisée – de nos parcours, qui parlent d’enfance et de famille, de littérature et de silence, de routes et de rues, de dérives oniriques et de rencontres, de rapprochement et d’éloignement, des tissages de la parole et des tricots d’une grand-mère, forme le présent carnet. Carnet où on s’arrête et d’où on repart; une étape, un feu de camp creusé dans un trou de neige, boucanant au bord de l’eau vive.